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Retrait-gonflement des argiles : le guide pour les propriétaires

Le retrait-gonflement des argiles (RGA) est le deuxième risque naturel le plus coûteux en France, après les inondations. Moins spectaculaire qu'une crue, il provoque pourtant des dégâts considérables sur les constructions. Avec le réchauffement climatique, ce phénomène s'intensifie. Voici ce que tout propriétaire doit savoir.

Qu'est-ce que le retrait-gonflement des argiles ?

Les sols argileux ont une propriété particulière : ils gonflent lorsqu'ils absorbent de l'eau et se rétractent lorsqu'ils sèchent. Ces variations de volume créent des mouvements de terrain différentiels qui exercent des pressions sur les fondations des bâtiments.

Le phénomène est particulièrement marqué lors des alternances sécheresse-réhumidification. Après un été sec, le sol argileux se contracte fortement, puis regonfle avec les pluies d'automne. Ces cycles répétés fragilisent progressivement les fondations, en particulier celles des maisons individuelles qui sont souvent moins profondes que celles des immeubles collectifs.

Un risque massif : 12,1 millions de maisons exposées

Les chiffres officiels sont éloquents :

  • 12,1 millions de maisons individuelles sont situées en zone d'exposition moyenne ou forte au RGA en France métropolitaine
  • Près de la moitié du territoire métropolitain est concerné par un niveau d'exposition non négligeable
  • Le coût moyen des réparations se situe entre 20 000 et 80 000 euros par sinistre, et peut dépasser 200 000 euros dans les cas les plus graves
  • Depuis 1989, le RGA a représenté un coût cumulé de plus de 20 milliards d'euros en indemnisations

Le RGA est la deuxième cause d'indemnisation au titre du régime des catastrophes naturelles, juste après les inondations. Et la tendance est à la hausse : les épisodes de sécheresse de 2018, 2019, 2022 et 2023 ont généré des volumes de sinistres records.

Les régions les plus touchées

Le risque de retrait-gonflement des argiles n'est pas réparti uniformément sur le territoire. Les zones les plus exposées se concentrent dans :

RégionDépartements les plus exposésNiveau de risque
Île-de-FranceSeine-et-Marne (77), Essonne (91), Val-de-Marne (94)Très élevé
Centre-Val de LoireLoiret (45), Indre-et-Loire (37), Eure-et-Loir (28)Élevé
OccitanieHaute-Garonne (31), Tarn-et-Garonne (82), Lot (46)Élevé
Nouvelle-AquitaineCharente (16), Dordogne (24), Gironde (33)Élevé
Provence-Alpes-Côte d'AzurBouches-du-Rhône (13), Var (83), Vaucluse (84)Modéré à élevé

Les régions aux sols granitiques ou schisteux (Bretagne, Massif central, Vosges) sont en revanche très peu exposées à ce risque.

Les signes d'alerte à surveiller

Le retrait-gonflement des argiles se manifeste par des désordres progressifs sur les constructions. Voici les principaux signes à surveiller :

  • Fissures sur les murs extérieurs : en escalier le long des joints de maçonnerie, ou verticales aux angles du bâtiment. Les fissures de plus de 2 mm doivent être prises au sérieux.
  • Fissures intérieures : au-dessus des portes et fenêtres, sur les cloisons, autour des ouvertures.
  • Déformation des ouvertures : portes ou fenêtres qui coincent, qui ne ferment plus correctement, ou dont le cadre se déforme.
  • Décollements : séparation entre le bâtiment principal et une extension (garage, véranda), ou entre le dallage et les murs.
  • Affaissement du sol : un trottoir périphérique qui se décolle du mur, une terrasse qui s'affaisse d'un côté.
Important : Des fissures fines (moins de 0,2 mm) sont normales et liées au retrait du béton ou de l'enduit. En revanche, des fissures évolutives, qui s'ouvrent en été et se referment en hiver, sont caractéristiques du retrait-gonflement des argiles.

Que faire si votre maison est touchée ?

1. Faire constater les désordres

Faites appel à un expert en bâtiment ou à un géotechnicien pour évaluer la nature et la gravité des fissures. Une étude de sol (étude géotechnique G5) permettra de confirmer le lien avec le retrait-gonflement des argiles.

2. Déclarer le sinistre

Si un arrêté de catastrophe naturelle est publié pour votre commune au titre de la sécheresse, vous disposez de 10 jours après la publication au Journal Officiel pour déclarer le sinistre à votre assureur. Ce délai est impératif.

3. Les solutions de confortement

Selon la gravité, les travaux peuvent inclure la reprise en sous-œuvre des fondations par micropieux ou injection de résine, la mise en place d'un drainage périphérique, ou l'installation de joints de dilatation. Le coût varie de 15 000 à plus de 100 000 euros.

4. Prévenir plutôt que guérir

Pour les constructions neuves, la loi ELAN (2018) impose une étude de sol obligatoire (étude G1 puis G2) dans les zones d'exposition moyenne ou forte. Respecter les préconisations de cette étude (fondations adaptées, vide sanitaire, éloignement de la végétation) réduit considérablement le risque.

L'impact sur le prix de votre bien

L'analyse des transactions immobilières révèle que les maisons situées en zone d'exposition forte au RGA subissent une décote moyenne pouvant aller jusqu'à 12 points de pourcentage par rapport à des biens comparables en zone non exposée. Cet écart tend à s'accroître avec la fréquence des épisodes de sécheresse.

Plus qu'une décote ponctuelle, c'est un risque patrimonial de long terme : avec l'augmentation prévue des épisodes de sécheresse, les biens situés sur des sols argileux sans fondations adaptées pourraient voir leur valeur relative continuer à baisser.

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