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DPE et climat : pourquoi votre passoire thermique va perdre 30 % de valeur

Cinq millions deux cent mille logements français sont classés en passoire thermique. La loi a fixé leur sortie progressive du marché locatif. Le marché de la revente n'a pas attendu : les biens DPE F et G se négocient déjà avec des décotes massives. Voici les chiffres, les échéances, et le coût réel d'une rénovation.

5,2 millions de passoires thermiques en France

Le diagnostic de performance énergétique, ou DPE, classe les logements français de A à G selon leur consommation et leurs émissions. La dernière actualisation des études officielles recense 5,2 millions de logements en classes F ou G, soit près de 17 % du parc résidentiel principal. Ces logements sont communément qualifiés de passoires thermiques.

La répartition géographique n'est pas homogène. Les passoires se concentrent dans le bâti ancien des centres-villes historiques, dans les copropriétés d'avant 1948, et dans le parc rural diffus du nord et de l'est de la France.

Classe DPEConsommation énergie primairePart du parc françaisStatut marché 2026
A< 70 kWh/m²/an1 %Prime verte de 5 à 10 %
B70 à 110 kWh/m²/an4 %Recherché, légère prime
C110 à 180 kWh/m²/an24 %Référence du marché
D180 à 250 kWh/m²/an30 %Standard, négociation légère
E250 à 330 kWh/m²/an24 %Décote 5 à 10 %, location interdite en 2034
F330 à 420 kWh/m²/an10 %Décote 15 à 25 %, location interdite en 2028
G> 420 kWh/m²/an7 %Décote 25 à 35 %, location interdite depuis 2025

Cette photographie déplace le centre de gravité du marché. Acheter un logement E, F ou G, c'est aujourd'hui acheter un actif dont la valeur d'usage et la valeur de revente sont contraintes par la réglementation, par la facture d'énergie, et de plus en plus par les conditions climatiques.

Loi Climat-Résilience : un calendrier qui ne bouge plus

La loi Climat et Résilience d'août 2021, complétée par les ajustements de 2024, fixe un calendrier ferme de sortie du marché locatif pour les logements les plus énergivores. Ce calendrier ne concerne que la location, mais il pèse directement sur les prix de revente : un investisseur n'achète pas un bien qu'il ne pourra plus louer.

ÉchéanceMesureLogements concernés
Depuis 2023Gel des loyersF et G
1er janvier 2025Interdiction de location nouvelleClasse G
1er janvier 2028Interdiction de location nouvelleClasse F
1er janvier 2034Interdiction de location nouvelleClasse E
Audit obligatoireDès la mise en venteF, G, E (depuis 2025)

Les logements déjà loués avant ces dates ne sont pas expulsés du marché du jour au lendemain. Mais le bail ne peut plus être renouvelé ni reconduit dans les mêmes conditions. À chaque départ de locataire, le bien sort du locatif tant que les travaux ne sont pas réalisés.

Pour les bailleurs, la matérialité de cette contrainte est immédiate : un bien G acheté en 2024 pour louer doit être rénové sous trois ans pour rester productif. Sans travaux, l'investissement devient une charge.

Impact prix : -30 % en moyenne entre une A et une G

Les analyses croisées des transactions résiduelles publiées par les notaires, les chambres régionales et les principales études indépendantes convergent sur un même ordre de grandeur. À surface, emplacement et année de construction comparables, l'écart de prix entre une classe A et une classe G atteint en moyenne 28 à 32 %. La tendance est à l'élargissement de cet écart depuis 2022.

Comparatif DPEÉcart prix mèdianType de bien le plus impacté
A vs C+5 à +10 %Maison récente bioclimatique
C vs E-5 à -10 %Appartements anciens centre-ville
C vs F-15 à -22 %Maisons des années 1960-1980
C vs G-25 à -32 %Bâti d'avant 1948, chauffage fioul
A vs G-28 à -35 %Tous segments confondus

Cette décote n'est pas uniforme sur le territoire. Elle est plus marquée dans les métropoles tendues comme Paris, Lyon, Bordeaux ou Nantes, où l'offre de biens performants reste minoritaire. Elle s'atténue dans les zones rurales où la performance énergétique reste légèrement moins valorisée par les acheteurs.

Pour un appartement de 70 m² à 350 000 euros classé C, l'équivalent classé G se vend autour de 240 000 à 260 000 euros. Soit un écart brut de 90 000 à 110 000 euros. Cet écart finance, en pratique, le coût anticipé des travaux de mise à niveau, plus une marge de risque.

Coût total de possession : facture, travaux, revente

Au-delà du prix d'achat, un logement énergivore coûte plus cher à l'usage. La facture d'énergie d'un logement classé G est en moyenne 3 à 4 fois supérieure à celle d'un logement classé C, pour la même surface. Ce surcoût s'amortit chaque mois sur le pouvoir d'achat du ménage.

Classe DPEFacture annuelle 70 m² (estimation)Sur 10 ans
A500 à 800 euros5 000 à 8 000 euros
C1 200 à 1 600 euros12 000 à 16 000 euros
E2 200 à 2 800 euros22 000 à 28 000 euros
F3 000 à 4 000 euros30 000 à 40 000 euros
G4 200 à 5 800 euros42 000 à 58 000 euros

Sur dix ans, l'écart de facture entre un C et un G dépasse 30 000 euros. Cet écart se cumule avec le risque de revente : un bien resté en G en 2034 sera classé dans une catégorie devenue illégale à louer. La part des acheteurs disponibles se restreint aux propriétaires occupants disposant du capital travaux.

Rénover de G à C : montants réels et aides chiffrées

Passer d'un logement G à un logement C exige une rénovation lourde, dite rénovation globale performante. Le bouquet de travaux combine isolation des murs, isolation de la toiture, remplacement des menuiseries, ventilation contrôlée et système de chauffage performant. L'enveloppe budgétaire varie selon la surface et l'état initial.

Type de logementSurfaceCoût rénovation G vers CCoût G vers B
Appartement ancien50 m²30 000 à 50 000 euros50 000 à 70 000 euros
Appartement ancien80 m²45 000 à 75 000 euros75 000 à 100 000 euros
Maison années 1960-1970100 m²60 000 à 90 000 euros90 000 à 130 000 euros
Maison années 1970-1990120 m²50 000 à 80 000 euros80 000 à 110 000 euros

Les aides publiques peuvent couvrir une part significative de ce budget. MaPrimeRénov' Parcours Accompagné, dispositif phare pour les rénovations d'ampleur, apporte jusqu'à 63 000 euros pour les ménages très modestes visant un saut de quatre classes DPE. Les ménages aux revenus intermédiaires perçoivent jusqu'à 30 000 euros, les ménages supérieurs jusqu'à 24 000 euros.

Profil ménageSaut 2 classesSaut 3 classesSaut 4 classes
Très modestes (bleu)15 000 euros30 000 euros63 000 euros
Modestes (jaune)12 000 euros24 000 euros50 400 euros
Intermédiaires (violet)9 000 euros18 000 euros30 000 euros
Supérieurs (rose)6 000 euros12 000 euros24 000 euros

S'y ajoutent l'éco-prêt à taux zéro jusqu'à 50 000 euros remboursables sur 20 ans, la TVA à 5,5 % sur les travaux éligibles, et les aides locales départementales et régionales. En cumul, le reste à charge d'une rénovation globale performante peut tomber à 30 à 50 % du devis brut.

Climat 2050 : le DPE va devenir encore plus discriminant

Le DPE actuel mesure la consommation hivernale et les émissions de gaz à effet de serre. Les projections climatiques officielles montrent que la performance estivale, aujourd'hui peu pondérée dans la note, va devenir un critère majeur. Les étés plus chauds rendent les logements mal isolés ou mal orientés difficilement habitables sans climatisation.

Évolution attendue 2050Effet sur le bâtiType de logement le plus exposé
Canicules plus fréquentes (sud-est)Inconfort estival critiqueCombles non isolés, derniers étages, façades sud sans protection
Nuits tropicales en hausseSommeil dégradé, demande climCentre-ville dense sans végétation
Hivers plus doux (ouest, nord)Moindre consommation hiverAvantage relatif aux logements C-D bien orientés
Précipitations intensesRisque humidité et infiltrationsBâti ancien sans VMC efficace

Une réforme du DPE pour mieux intégrer le confort d'été est régulièrement évoquée par les pouvoirs publics. Sans même attendre cette réforme, les acheteurs anticipent. À Marseille, à Montpellier, à Nice, les biens orientés plein sud sans protection solaire perdent en attractivité. Les biens épais, traversants, avec inertie thermique, se valorisent.

Vérifier le DPE avant achat : les pièges à éviter

Le DPE est obligatoirement annexé à toute promesse de vente. Mais sa lecture exige attention. Plusieurs pièges classiques font passer un acheteur à côté du vrai sujet.

1. Vérifier la date du diagnostic

La méthode de calcul du DPE a changé en juillet 2021. Les diagnostics établis avant cette réforme ont une fiabilité moindre. Depuis 2024, la durée de validité d'un DPE est de 10 ans. Un DPE de plus de 5 ans mérite d'être actualisé pour fiabiliser la transaction.

2. Lire l'audit énergétique

Pour les biens classés F ou G mis en vente depuis avril 2023, et E depuis janvier 2025, un audit énergétique réglementaire complète le DPE. Il présente des scénarios de rénovation avec montants estimés. C'est une base de négociation précieuse.

3. Comparer avec les biens du quartier

Un même logement peut être classé D ou E selon la rigueur du diagnostiqueur et la qualité des données saisies. Comparer le DPE annoncé à ceux de logements similaires dans le même immeuble ou quartier permet de repérer une note suspecte, dans un sens ou dans l'autre.

4. Vérifier la classe émissions

Le DPE attribue deux étiquettes : énergie et climat. Un logement chauffé au fioul peut être classé D en énergie mais F en émissions. C'est l'étiquette la plus mauvaise des deux qui détermine le statut réglementaire.

Cas chiffré : appartement E à Paris contre A à Toulouse

Un acheteur dispose de 350 000 euros pour son projet immobilier. Il hésite entre deux options.

CritèreOption 1 : appartement Paris 11eOption 2 : maison Toulouse
Surface45 m²90 m²
DPEEA (RE2020)
Prix achat320 000 euros340 000 euros
Frais notaire26 000 euros27 000 euros
Travaux à prévoir 203420 000 à 35 000 euros0 euro
Facture énergie / an1 800 euros500 euros
Facture sur 10 ans18 000 euros5 000 euros
Coût total possession 10 ans384 000 à 399 000 euros372 000 euros

L'option Toulouse apparaît, sur ce comparatif, financièrement plus solide à dix ans. Le différentiel n'inclut pas la dynamique de prix locale ni le confort d'usage. Mais il illustre une évidence : le DPE n'est plus une variable d'ajustement, c'est une variable de décision.

Pour les acheteurs d'un bien dans une commune également exposée au risque climatique, l'analyse se double d'une lecture des risques naturels. À Toulouse, l'aléa argile est élevé : un bien neuf bien fondé reste sûr, un bien ancien sans étude géotechnique demande prudence. À Paris, le risque inondation par crue de la Seine reste présent dans les arrondissements riverains.

Rénover ou ne pas acheter : la question est posée

Trois logiques d'acheteur cohabitent aujourd'hui sur le marché français.

La première : acheter un bien déjà performant (A, B, C). Plus cher à l'achat, mais sans surprise, sans contrainte réglementaire, et avec une revente fluide. Cette stratégie convient aux acheteurs qui n'ont ni l'envie ni la capacité d'engager des travaux lourds.

La deuxième : acheter un F ou G décoté, et rénover. La logique financière tient si la décote négociée couvre au moins le coût des travaux net d'aides, plus une marge de risque de 15 à 25 %. Pour un bien de 250 000 euros acheté décoté à 200 000 euros, la décote couvre une rénovation moyenne. Reste à disposer de la trésorerie ou de la capacité d'emprunt.

La troisième : ne pas acheter sans avoir simulé le coût total. C'est la démarche que recommandent les conseillers en gestion de patrimoine sérieux. Le DPE actuel, le scénario travaux, la facture d'énergie, le risque climatique de la commune et le potentiel de revente à dix ans doivent être lus ensemble.

Foire aux questions

Mon logement est classé G : puis-je encore le louer ?

Vous pouvez continuer un bail en cours signé avant le 1er janvier 2025. Vous ne pouvez pas signer de nouveau bail, ni renouveler tacitement un bail arrivant à échéance, sans avoir effectué les travaux pour atteindre au moins la classe F. Les locations meublées de longue durée sont soumises aux mêmes règles. Les locations saisonnières relèvent d'un régime distinct, mais plusieurs villes (Paris, Lyon, Bordeaux) ont commencé à appliquer des contraintes locales.

Combien coûte un audit énergétique en 2026 ?

Entre 600 et 1 500 euros pour un logement individuel selon la complexité et la région. Pour une maison, il est en général autour de 800 à 1 200 euros. Pour une copropriété, l'audit collectif est partagé entre les copropriétaires. Une partie peut être prise en charge par MaPrimeRénov' dans le cadre du Parcours Accompagné.

La décote sur les passoires va-t-elle s'aggraver ?

Les analyses convergent vers un élargissement progressif de l'écart entre biens performants et passoires d'ici 2028, en lien direct avec l'échéance d'interdiction de location des F. Au-delà de 2034, l'écart devrait se stabiliser, le marché ayant intégré le coût de la rénovation comme une variable normale du prix d'achat. Les biens ayant fait l'objet d'une rénovation lourde rejoindront alors le marché standard.

Une rénovation reste-t-elle rentable après 65 ans ?

Pour un propriétaire occupant âgé, la rentabilité patrimoniale d'une rénovation lourde dépend de la durée d'occupation prévue et de la valeur de revente. Une rénovation échelonnée (isolation toiture, changement chaudière, fenêtres) reste pertinente à tout âge pour le confort et la facture. La rénovation globale, plus coûteuse, se justifie si l'occupation se prolonge au moins 10 ans, ou si la transmission successorale est planifiée avec un héritier souhaitant occuper.

Le DPE peut-il être contesté ?

Oui. La jurisprudence a admis depuis 2024 plusieurs actions en réduction de prix engagées par des acheteurs ayant découvert qu'un DPE était erroné. La responsabilité du diagnostiqueur peut être engagée dans certains cas. Si vous suspectez une erreur, faire réaliser un contre-diagnostic par un autre professionnel certifié dans les six mois suivant l'achat peut être décisif.

En résumé

Cinq millions de logements français sont classés passoires thermiques. La loi Climat-Résilience les sort progressivement du marché locatif d'ici 2034. Le marché de la revente a anticipé : la décote moyenne entre une A et une G atteint 30 %. Les coûts de rénovation, partiellement couverts par les aides publiques, restent significatifs. Le climat de 2050, plus chaud, va accentuer la discrimination.

Pour un acheteur, ne pas regarder le DPE revînt à ignorer un quart du coût total de son achat. Pour un propriétaire, attendre 2033 pour engager les travaux d'un bien classé E revînt à perdre l'avantage de négociation des aides actuelles, qui se durcissent année après année.

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ClimaScore est un outil d’information et ne constitue pas un diagnostic réglementaire. Les données présentées sont issues de sources officielles françaises.